Charmes


Description Historique

Au XIe siècle, pour se protéger des raids Hongrois qui ravageaient la région, les comtes de Toul construisent un château fort agrémenté d'une enceinte fortifiée. La dénomination Carpini, qui a donné Charmes, fait alors référence à l'importante forêt d'arbres du même nom qui la borde.

 

Lors du XIVème siècle, la ville est rattachée au duché de Lorraine. Elle subit également les ravages de la peste, de la famine, et des brigandages. Charmes est pillée et incendiée en 1475 par le duc Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, qui est alors en guerre contre le duc de Lorraine.

 

Pendant la guerre de Trente ans, Richelieu et Charles IV de Lorraine signent le célèbre traité de Charmes en 1633. Charles IV reprend cependant rapidement les armes. En représailles, Les Français brûlent Charmes en 1635. S'ensuivit le démantèlement des fortifications, puis les pillages, les épidémies et la misère jusqu'à la fin du siècle. Lors du XVIIIème siècle, la ville retrouve peu à peu sa prospérité du fait de la paix, en attendant le rattachement de la Lorraine à la France en 1766.

 

Charmes subit une nouvelle destruction en 1870, lors de la guerre avec la Prusse : elle ne sera libérée que trois ans plus tard. S'ensuit alors, jusqu'à la Première Guerre Mondiale, un important développement industriel symbolisé par la brasserie et la filature, et favorisé notamment par le chemin de fer et le canal nouvellement creusé. Citons également les anciennes briqueteries, tuileries et scieries qui participèrent à cet élan.

 

Charmes paya un lourd tribut suite aux deux conflits mondiaux. Lors de la guerre de 1914-1918, la bataille de la Trouée de Charmes épargna la ville mais le conflit fit périr 200 Carpiniens.
La fin de la deuxième Guerre Mondiale fut particulièrement tragique. Le 5 septembre 1944, les allemands incendièrent la ville lors de leur retraite. Le 12 septembre, les Américains libérèrent la localité. Sur les 150 déportés de Charmes, les deux tiers ne revinrent jamais, dont le maire Henri Breton, qui demanda volontairement à rejoindre les déportés. La Place Henri Breton lui rend hommage.

 

Une reconstruction fut entreprise à partir de 1947 et achevée en 1952, date à laquelle la ville fut inaugurée par Vincent Auriol, le Président de la République Française. Charmes est ainsi devenue la première ville de France reconstruite après la Deuxième Guerre Mondiale.


Légendes et traditions

 

Une foire pour sauver la ville

 

Le duc René II décida en 1486 de la tenue d'une foire annuelle le jeudi suivant Pâques. Le texte de la charte précise que Charmes était presque entièrement vidée de ses habitants par le conflit avec les Bourguignons, et que ses murailles tombaient en décrépitude. Il fut donc admis que pour subsister, la ville lève des taxes sur les marchandises qui y seraient vendues.

 

 

Le miracle de Saint-Arnould

 

Vers 640, Saint-Arnould (un ancêtre de Charlemagne) meurt à Remiremont. Un an plus tard, il est décidé que l'on transfère son corps à Metz, où il avait occupé la fonction d’évêque pendant une quinzaine d'années. Lors du voyage le long de la Moselle, la coutume dit qu'il se produisit un miracle, tel qu'un chroniqueur du XIIIème siècle le décrira bien plus tard :

 

"Lors d'une halte, la provision de cervoise se trouva épuisée. Il n'y en avait plus qu'un reste au fond d'un vase. Ni vivres, ni rafraîchissements pour restaurer une si grande multitude. Le duc Nothon, chef du cortège, adjura le bienheureux Arnould de pourvoir à la subsistance de son monde. Et la petite provision de cervoise de se multiplier miraculeusement. On parvint sans peine à désaltérer tout le monde, et ce soir et le lendemain."

 

Cette légende explique pourquoi il devint alors saint patron des brasseurs lorrains. Deux localités revendiquent ce miracle : Charmes et Champigneulles.


Quelques Carpiniens connus...

 

Maurice Barrès

 

Né en 1862, homme politique et écrivain français. Il est l'un des maîtres à penser de la droite nationaliste. Elu à l'académie française en 1906, il meurt en 1923 et est aujourd'hui enterré au cimetière de Charmes

 

 

 Marcel Goulette

 

Né en 1893, il s'engagea en 1914 dans l'infanterie française, puis, à la suite de blessures de guerre, dans l'aviation de chasse et reçut la Croix de Guerre 1914-1918. Il devient ensuite le premier aviateur à relier la France à Madagascar en avion et le premier à poser un appareil sur le sol de la Réunion.  Il meurt en 1932 d'un accident d'avion. Quand la ville de Charmes fut brûlée en 1944, Madagascar envoya d’importants dons pour la reconstruction.

 

Nicolas Rémy

 

Il nait au XVIème siècle et fut le secrétaire de Charles III de Lorraine. Il meurt en 1612. Il est auteur d'un livre en latin, La Démonolatrie, contenant l'histoire de 900 sorciers qui furent tous torturés et brulés à partir de ses écrits. Pour cela il fut notamment comparé à l'inquisiteur espagnol Torquemada par l'abbé Bexon dans son Histoire de la Lorraine.

 

 

Jean Ruyr

 

Né vers 1560, il devint écrivain et poète religieux. Il publia notamment Recherches des saintes antiquités de la Vosge, orné par cinq gravures de Jacques Callot, ainsi que deux autres ouvrages édités à Troyes : Les triomphes de Pétrarque et Vie et histoire de Saint-Dié, évêque de Nevers. Il meurt à Saint-Dié en 1645.


Monuments / Patrimoine

 

L'église Saint-Nicolas 

 

Cet édifice est achevé en 1493. L'église subit au fil des décennies de nombreuses modifications, notamment par l'adjonction de plusieurs chapelles seigneuriales au XVIème siècle. Les vitraux remarquables « les Trois Vifs » et « les Trois Morts » ont été offerts à l'église par les tanneurs et cordonniers de Charmes en 1493. Les scènes représentées montrent trois jeunes gentilshommes interpellés dans un cimetière par trois morts, qui leur rappellent la brièveté de la vie et l'importance du salut de leur âme. Les vitraux s'inspirent d'une gravure publiée à Troyes en 1486 par un dénommé Pierre le Rouge, pour illustrer une danse macabre.

L'église prend en 1537 la forme d'une croix latine par l'ajout de la plus célèbre chapelle dite de Saint-Hubert ou des Savigny, les Savigny étant des proches de la famille du duc de Lorraine.

Le XVIIIème siècle  fut l'occasion de doter l'église d'un mobilier de grande qualité, œuvre de l'ébéniste et sculpteur carpinien, Jean Munier.

Après l'incendie du précédent clocher en 1944, un nouveau clocher de style moderne fut rebâti dans les années 1950, à l'instar de l'orgue et de certains vitraux. Heureusement, les vitraux « les Trois Vifs » et « les Trois Morts » furent mis à l'abri durant la guerre. On peut également y admirer une mise au tombeau de tradition médiévale, une vierge de pitié, et une statue de Saint-Christophe.


La Maison des Loups 

 

Nommée communément ainsi du fait de ses gargouilles aux formes évocatrices, elle est d'origine ancienne (XIVème siècle) et initialement dénommée « Maison du Chaldron » (chaudron). Elle devient en 1563 la propriété du duc Charles III qui lui donne son aspect "Renaissance". Cet hôtel fut le cadre de la rencontre entre le Cardinal de Richelieu et Charles IV de Lorraine en 1633. C'est probablement là que fut signé le « Traité de Charmes ». En 1635, quand la ville fut reprise et incendiée par les français et leurs alliés suédois, l'hôtel subit le même sort et ne vit subsister que l'édifice actuel. Par la suite, l'hôtel connait de nombreux propriétaires, jusqu'à devenir le fameux "Café de Paris" en 1905.

 


 

La chapelle Notre-Dame de Grâce 

 

Dénommée autrefois Notre-Dame de Pitié, elle date du XVème siècle.A l'origine, l'emplacement correspondait à l'angle sud du cimetière, avant son déplacement au XIXème siècle. Thomassin Lepetit, son fondateur, y fut inhumé en 1498 et la piéta est contemporaine de l'édifice.


 

Les brasseries

 

On retrouve la première trace de cette activité en 1620, quand un certain Claude Bourcy obtient un droit de brassage. Il faut par la suite attendre le XIXème siècle pour voir se développer plus significativement cette activité avec la multiplication de petits établissements destinés à une consommation locale, quelques houblonnières en assurent alors l'approvisionnement.

Progressivement, ce petit artisanat se voit alors concurrencé par les méthodes industrielles venues d'Allemagne et d'Alsace ; ce déclin est enrayé grâce à la reprise en 1864 par Achille Hanus de la brasserie Martel et Buffet établie vers 1854.

En 1872, une société est constituée, en association avec son frère. La brasserie profite d'un contexte favorable dû à l'arrivée de nouvelles populations, issues de la guerre de 1870 et l'industrialisation montante. En 1882, le seul concurrent Biber fait faillite, s'ensuit alors quasiment un siècle de monopole. L'usine devient rapidement la plus grande brasserie du département (au final 30 000m²) et l'un des principaux employeurs de la ville (de 28 employés en 1882 à 143 en 1936, et à son maximum 196 en 1958).

 

La brasserie poursuit son activité après-guerre. Après sa fusion en 1966 avec Champigneulles pour intégrer la Société Européenne des Brasseries, cette dernière décide de la fermeture en 1971 après non-atteinte des objectifs de doublement des rendements.

 

Aujourd'hui, le symbole de cette industrie est le chateau Hanus (voir photo ci-contre), prestigieuse demeure de Brasseur, témoignage de sa réussite.


L’écomusée du Battant 

 

Le site du Battant a eu de nombreuses activités. On en trouve la première trace en 1580 où il est question de battant pour les drapiers, puis en 1736 à l'usage des tanneurs ; en 1807, une usine à huilerie et à plâtre y est créée. 1860 voit l'installation d'une blanchisserie. 1873 marque le début d'une nouvelle époque avec l'acquisition de deux turbines à eau : l'une alimente une scierie, l'autre un atelier mécanique.

En 1894, l'énergie hydraulique est utilisée afin de produire de l'électricité pour l'industrie, mais également à l'usage de la municipalité.

En 1903, Paul Dazey, le propriétaire des lieux, y conçoit le projet de fabrication d'une machine à laver, sans doute d'après un modèle allemand déjà existant. Ce dernier saisi également l'occasion d'un incendie deux ans plus tard pour moderniser son usine.

 

Au final, l'atelier ferma ses portes en 1971, et la scierie en 1997. Aujourd'hui, il est toujours possible d'y apprécier l'outillage (dont la plus grande partie date du début du XXème siècle) et les techniques d'autrefois dans le cadre d'un écomusée ouvert au public durant toute la saison estivale.


 

Le Quartier des Folies 

 

Construit sur des terrains marécageux pour accueillir de fortes populations, il était dit que « C’est une folie de bâtir là-haut ! ». D’où son nom …

 

Le lotissement de la Peupleraie dit Terrain de Compensation

 

Après la destruction de la ville le 4 septembre 1944, on procède, au pied du Haut du Mont, dans un terrain marécageux et boisé, à la rapide construction d'un quartier dit « de compensation ». La conception en fut relativement moderne et subsista au-delà de l'urgence.


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Longue de 5,5 kilomètres, cette boucle urbaine peut être effectuée à pied ou à vélo. Elle vous permettra de découvrir le patrimoine riche  de la commune de Charmes.