Histoire de la Place Forte d'Epinal - 1/4

Contexte : La guerre de 1870

Contexte historique et politique de la France de 1870

En 1870, la France est dirigée par l'empereur Napoléon III, qui est parvenu au pouvoir d'abord comme président de Réublique puis comme empereur, après un coup d'Etat.

 

Le 19 juillet 1870, la guerre est déclarée à la Prusse, mais Napoléon III est battu à Sedan le 2 septembre 1870. Cette défaite est suivie de la chute du Second Empire et de la proclamation de la IIIème République le 4 septembre 1871.


L'évolution du système défensif

Au cours du XIXème siècle, le système de défense français n'a guère évolué. Il repose toujours sur celui mis en place par Vauban au XVIIème siècle. De plus, l'Alsace et le Nord de la Lorraine sont passées aux mains de l'ennemis avec la défaite de 1870. La France se retrouve considérablement affaiblie, désormais amputée de deux places d'arrêt de premier plan; Metz et Strasbourg; ainsi que des défenses naturelles des Vosges et du Rhin. Sa ligne de défense doit être totalement repensée. Pour y réfléchir, un Comité de Défense voit le jour le 28 juillet 1872.

Les enjeux de ce comité de défense sont importants, puisque son rôle est à la fois de boucher la brêche laissée par la défaite, moderniser les anciennes places, qui n'ont pas su résister aux affrontements de 1870, mais aussi d'installer de nouvelles places, adaptées aux nouvelles technique de combat liées entre autre au progrès de l'artillerie.

 

Le général Séré de Rivière, nommé à la tête du Service du génie au ministère de la Guerre est la véritable tête pensante de ce Comité. Il y fait admettre ses idées sans rencontrer de réelle opposition.

 

Un nouveau système de défense est alors mis en place, il est connu sous le nom "système Séré de Rivière".


La mise en place du système Séré de Rivière

Dans la crainte d’une nouvelle guerre avec l’Allemagne, la France cherche à se protéger. Sachant que l’armée adverse est plus nombreuse et mieux organisée que l’armée française, la seule solution pour pouvoir contenir l’éventuelle avancée allemande est de revoir complètement le système de fortification.

 

Ce nouveau sytème de fortification, conçu de 1874 à 1884 par le Général Séré de Rivières, alors directeur du Service du Génie au Ministère de la Guerre, est conçu pour l’ensemble du territoire français.

 

Il se déploie tout au long des frontières et des côtes françaises, de la mer du Nord à la Méditerranée.

 

Ce système est basé sur le principe que, faute de pouvoir arrêter l’ennemi partout, il faut le canaliser vers des espaces d’accès facile, où des armées de campagne attaqueraient ses flancs. Pour cela, il utilise deux types d’organisation : le camp retranché et le rideau défensif.

 

Le camp retranché est formé d’une ceinture de forts détachés qui s’appuient mutuellement, autour d’une ville. Entre deux camps retranchés se situe un rideau défensif qui est formé d’une série de forts isolés, généralement positionnés en zone de relief. Ces forts se couvrent mutuellement par le feu et renforcent une zone d’obstacles naturels pour interdire le passage d’une armée ennemie composée de grosses colonnes et lourds convois. Les troupes sont regroupées à l’arrière des rideaux défensifs et peuvent attaquer l’ennemi débouchant des trouées.

 

Le Général Séré de Rivières organise son système en mettant en place quatre camps retranchés de première ligne : Verdun, Toul, Épinal et Belfort, reliés deux à deux par un rideau défensif (de Verdun à Toul et d’Épinal à Belfort).

Ainsi, deux espaces sont laissés libres de défenses: la trouée de Stenay au Nord de Verdun et la trouée de Charmes entre Toul et Épinal.

 

C’est au débouché de ces trouées que les armées de campagnes, protégées par les rideaux défensifs, peuvent prendre l’ennemi en tenaille. À l’arrière, une seconde ligne de défense est organisée avec des camps retranchés servant au regroupement et à l’approvisionnement des armées (Reims, Langres, Dijon…). Paris est également fortifiée.

 

Malgré les nombreuses améliorations apportées par ce nouveau système de fortification, les spécialistes remarquent rapidement les principaux inconvénients.

 

Ainsi, les principaux défauts de ces types de forts sont leur artillerie concentrée et à découvert, leurs hauteurs et leurs étendues. Par conséquent, ils sont facilement visible et accessible. Pour finir, leur construction est relativement complexe.


La crise de l'obus-torpille et le déclassement du système

Entre 1880 et 1885, trois découvertes majeures remettent en cause les principes techniques ayant régi la construction même des fortifications.

 

 

Avec l'apparition de "l'obus à mitraille" ou schrapnel, l'artillerie à l'air libre n'est plus protégée.

 

En 1884, l'ingénieur Paul Vieille (photo ci-contre) découvre le coton-poudre gélatinisé, c'est à dire de la poudre sans fumée (poudre blanche, poudre B).

 

Avec ce type d'explosif, les fortifications statiques, dont la position est connue, deviennent de véritable "nid à obus", car elles ne peuvent plus neutraliser efficacement une artillerie de campagne devenue difficile à localiser.

Enfin, le coup de grâce arrive en 1885 avec la découverte de l'acide picrique comme charge détonnante des obus, par Eugéne Turpin.

 

Cette découverte permet d'augmenter la portée des canons et l'effet destructeur du projectile.

En 1886, il réalise un nouvel obus "à explosif brisant" utilisant la mélinite, fabriqué désormais en acier et non plus en fonte. Cet obus est doté d'un processus de retardement pour pénétrer en profondeur dans le sol avant d'exploser, ce qui réduit à néant les protections de terre récouvrant la maçonnerie des fortifications statiques.

 

Des tests de destructions sont réalisés sur le fort de Malmaison et les résultats sont sans appel. Face à ces différentes crises, plusieurs solutions sont apportées par les ingénieurs militaires. Mais, l'effort financier considérable réalisé depuis 1874 pour la mise en place d'un nouveau système défensf, dépassé avant même d'être terminé, relance le débat sur l'opportunité de poursuivre un tel dispositif.

 

Jusqu'en 1911, de véritables rivalités s'affrontent au sein des états majors entre les tenants du tout défensif et ceux du tout offensif. Ces luttes intestines ne favorisent pas la mise en place d'une poloitique de défense cohérente. Entre les groupes de pressions et les contraintes économiques, le dispositif élaboré par le Général Séré de Rivière est finalement bricolé. Seul quelques forts de premières lignes sont modernisés.

 

Entre 1886 et 1914, seize forts sont construits, essentiellement dans le quart Nord - Est pour compléter le dispositif. Par contre, le rideau défensif du groupe Nord est abandonné et seul les forts déjà sortis de terre sont terminés et transformés en forts d'arrrêts.

 

Le 24 février 1899, une commission spéciale classe les places fortes en trois catégories:

  • les Places de l'Est, à bétonner
  • les Places du Nord, à entretenir
  • les Places de deuxième ligne, à abandonner

 

Au fil du temps, de nombreuses positions sont abandonnées. A l'heure où la guerre gronde, il ne reste plus grand chose du système élaboré par le Général Séré de Rivière.

 

Dès 1911, avec l'arrivée du Général Joffre à la tête du grand Etat Major, il n'est plus question de doctrine défensive mais bien offensive.